Les personnes fragilisées par la maladie ou le handicap hésitent à révéler leur situation dans leur environnement professionnel. Elles vivent dans l’entre-deux, entre désir et craintes, besoin d’être prises en compte avec leur fragilité et envie d’être considérées comme les autres.

Maladies clandestines

Les personnes malades n’ont pas leur place dans le monde du travail. Mises en « arrêt maladie », elles sont temporairement hors travail et lorsqu’elles reviennent, elles sont censées être guéries. Cette vision binaire de la maladie par rapport au travail ne prend pas en compte des réalités bien plus nuancées. On ne revient pas au travail avec la maladie elle-même, mais avec ses conséquences, multiples et variables.

D’autant qu’avec l’augmentation des maladies chroniques (Cf. l’excellent ouvrage : « Que font les 10 millions de malades, vivre et travailler avec une maladie chronique » de D. Lhuilier et AM Waser, éd. Erès), la maladie s’introduit dans les entreprises, souvent clandestinement.

Maladie au travail: la double peine

De retour au travail, la personne fragilisée n’est pas toujours accueillie à bras ouverts. Après l’élan compassionnel qu’elle suscite au début, elle est suspectée d’être moins fiable, moins prévisible, de provoquer une charge de travail supplémentaire pour les autres, de mettre du désordre dans le service. Redoutant d’être catégorisée, stigmatisée, réduite à la maladie, elle a conscience des risques qu’elle encourt.

D’après le Défenseur des droits, le handicap et l’état de santé sont aujourd’hui les premiers motifs de discrimination au travail. Peu considérées, discriminées, ou tout simplement licenciées pour inaptitude au travail, c’est le sort couramment réservé aux personnes malades ou handicapées en entreprise. Le Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées dénombre en 2018 un million de personnes handicapées menacées de désinsertion professionnelle.

Donner à voir une vulnérabilité dans son milieu professionnel comporte un risque d’autant plus important que les niveaux d’exigence sont accrus dans les organisations et que la précarité d’emploi est amplifiée. Dès lors, à qui profite la transparence ?

Le choix du silence

Se taire semble être avant tout la meilleure façon de se protéger des réactions, de ne pas s’exposer aux risques et de maintenir sa place dans l’organisation. Le secret peut être aussi une « stratégie de maîtrise et de résistance » (Lhuilier et Waser). Contenir sa maladie dans la sphère privée, c’est la maintenir à distance, se dégager de son emprise, ne pas la laisser envahir toute sa vie, du moins tant qu’elle ne s’impose pas dans la vie quotidienne par les empêchements associés.

Le poids du secret

Mais le secret pèse lourd. Il enferme et isole progressivement. Il empêche la personne d’avoir accès à certaines ressources sociales et collectives « soutenantes ». Il exige de la personne un « travail de santé » en solitaire, de définir « des réaménagements dans la clandestinité », de chercher des explications pour justifier des choix ou des attitudes. Enfin, lorsque les troubles deviennent trop importants ou trop visibles, le silence devient impasse. Et puis se taire, n’est-ce pas aussi se faire complice du silence qui règne sur la vulnérabilité au travail, faire comme si c’était « honteux »?

Révéler sa maladie ou son handicap : un choix délicat

Dire sans trop s’exposer dépend du contexte, de l’ancrage, de l’ancienneté, du relationnel de la personne. « Verbaliser permet de tenter le récit de l’expérience pour qu’elle trouve un sens partageable …, et de sortir d’une solitude extrême » (Lhuilier et Waser). « Parler à l’autre, c’est aussi parler à soi-même et se reconstruire ».

Il est bon alors d’évaluer, de choisir les interlocuteurs, le contexte, de sécuriser la relation. Dire à qui ? A quel moment ? Dans quel but ? Comment et jusqu’où ? Ai-je envie de dévoiler une partie intime de moi-même et quel niveau de confidentialité vais-je m’assurer ? Comment prévenir la suspicion et garder la main sur le contrôle de l’info ?

Ainsi s’allège le poids des simulations et des mensonges. Ne pas faire semblant, ne pas se mentir à soi-même. Libérer la parole donne la possibilité d’exister dans sa globalité sans avoir l’obligation de relayer la maladie ou le handicap à la clandestinité.

Libérer la parole sur les fragilités : une opportunité pour l’entreprise?

En facilitant les échanges, la parole libérée permet à la personne de renouer le dialogue avec ses collègues, son manager, et au final de mieux travailler. Elle donne l’opportunité au collectif de travail de se mettre à la mesure du plus fragile et d’inventer des solutions pour fonctionner ensemble. Elle favorise l’intelligence collective et l’innovation technique, sociale et managériale. Elle est, enfin, l’opportunité de revendiquer la reconnaissance d’une humanité dans le travail.

Crédit photo : Egor Iskrenkov

Prêt.e à transformer la fragilité
en opportunité ?

Je suis Nicole Guidicelli, coach professionnel.
J’accompagne les personnes et les organisations sur les problématiques de différence et de fragilité.